25/04/2014

Le Portugal, de la dictature de Salazar au diktat de la Troika

Aujourd'hui, la Révolution des Oeillets a 40 ans. Comment se porte le Portugal quatre ans après le début de la crise?

Même s’il  a été l’un des pays les plus touchés par la crise de la zone euro, le Portugal n’a pas fait beaucoup de vagues malgré une situation économique catastrophique. Au contraire, le gouvernement de Pedro Passos Coelho arrivé au pouvoir en 2011 a été un bon élève de la Troika, et a diligemment mis en œuvre les mesures d’austérité que celle-ci a imposées malgré les conséquences dramatiques sur la consommation. Malgré un taux de chômage à 18% (42% chez les jeunes), le troisième plus élevé de l’UE, et un PIB qui a décru à son niveau de 2001, le pays n’a pas subi l’effondrement des partis traditionnels et l’émergence de l’extrême droite comme en Grèce, ni l’instabilité politique que l’on a pu voir en Italie. Comparées aux scènes de guerre diffusées depuis Athènes, les manifestations anti-austérité qui ont eu lieu a Lisbonne ont semblé bien paisibles. Cette apparente résignation peut s’expliquer en partie par l’importance du canal traditionnel de résolution des tensions sociales : l’émigration.

Contrairement à la Grèce, à l’Espagne ou à l’Irlande, le Portugal n’a pas connu de bulle immobilière depuis son entrée dans l’euro. Alors que ces pays ont connu une période faste soutenue par des taux d’intérêt bas alignés sur l’Allemagne, le Portugal, comme l’Italie, a traversé une décennie perdue marqué par la stagnation économique, la détérioration des finances publiques et l’endettement privé. Avec l’euro a un niveau surévalué, ses exportations ont perdu en compétitivité et sa balance commerciale s’est déséquilibrée, surtout face aux nouveaux pays de l’UE à la main d’œuvre moins chère et souvent mieux qualifiée.  Dans ce contexte, l’austérité a commencé bien avant la crise de l’euro. Le gouvernement socialiste de José Socrates arrivé au pouvoir en 2005 avait déjà entamé un bon nombre de réformes impopulaires pour réduire les déficits publics.  Après 2009, les taux d’intérêts sur la dette ont pris l’ascenseur, et les socialistes, cette fois à la tête d’un gouvernement de minorité, ont négocié une série de paquets d’économies avec l’opposition de droite. Ces mesures incluaient un gel des salaires de la fonction publique et des prestations sociales, combinées avec des hausse d’impôts considérables.

En avril 2011, après que l’opposition a refusé de soutenir le quatrième paquet d’économie, Socrates a démissionné et demandé en catastrophe l’assistance financière de la BCE, de l’UE et du FMI, devenant ainsi le troisième pays a être secouru par la Troika. Durant la campagne électorale qui a suivi, le chef de l’opposition Pedro Passos Coelho avait promise d’aller « plus loin que la Troika » dans la réduction des déficits publics. Après son élection, la droite a en effet poursuivi et poussé encore plus loin la politique d’austérité des socialistes sous les auspices de la Troika. Les 13e et 14e salaires de la fonction publique ont été suspendus, et le budget 2013 prévoyait les augmentations d’impôt les plus importantes depuis la fin de la dictature. La plupart des entreprises publiques ont été ou sont sur le point d’être vendues : la compagnie d’électricité EDP a passé sous contrôle chinois, la compagnie aérienne TAP est à la recherche d’un repreneur, et le gouvernement souhaite également privatiser la télévision publique RTP. Ces réformes, destinées avant tout à impressionner la Troika, ont été un échec quant à la réduction de la dette et au retour de la croissance. Les prévisions ont été maintes fois revues à la baisse en raison des effets multiplicateurs des coupes budgétaires. Même si l’opposition socialiste a récemment adopté une posture plus combative, elle est consciente qu’elle même a adopté les mêmes politiques auparavant, et n’a pas de menace crédible sur sa gauche. Le vieux Parti Communiste et le Bloc de Gauche ont été incapables de tirer profit de la crise. Contrairement à la Grèce et à l’Italie, les Portugais semblent préférer voter avec leurs pieds plutôt que dans les urnes. Depuis 1998, 1 million de personnes sont parties pour fuir la stagnation économique, notamment vers la Suisse, et cette tendance s’est fortement accélérée au cours des trois dernières années. En 2011, plus de 100'000 portugais ont émigré, un niveau similaire aux grandes vagues des années 1960, lorsque la dictature de Salazar tolérait l’émigration pour réduire les tensions sociales. Entre Salazar et la Troika, beaucoup de Portugais qui ont manifesté récemment en brandissant les symboles de la révolution des œillets pensent que peu a changé.

Publié initialement dans Pages de Gauche en Juin 2013.

20/04/2014

Quid de la sécurité de la Suisse si le peuple refuse l'achat des Gripen?

Suivant les recommendations du Chef de l'armée André Blattmann, nos troupes sont prêtes.

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13/04/2014

Le salaire minimum va-t-il réduire l'immigration?

L’initiative sur l’immigration de masse acceptée le 9 février dernier et celle sur le salaire minimum, sur laquelle nous voterons le 18 Mai prochain, ont des conséquences économiques certaines pour le marché du travail suisse. Néanmoins, les relations entre le salaire minimum et l’immigration restent ambiguës. Quel serait l’impact du salaire minimum sur les flux migratoires vers la Suisse?

 

À première vue, il semblerait logique de penser qu’un salaire minimum élevé stimule l’immigration, dans la mesure où les immigrants peu qualifiés peuvent espérer un salaire de base plus élevé s’ils viennent en Suisse. Les opposants à l'initiative rappellent d'ailleurs souvent que le salaire minimum proposé serait le plus élevé au monde. Toutefois, ce raisonnement ne fonctionne que si l’on considère l’offre de travailleurs étrangers comme facteur déterminant, et pas la demande de la part des entreprises.  Dans cette seconde perspective, un salaire minimum à 4000 CHF diminuerait certainement l’offre d’emplois à bas salaires qui sont occupés en grande partie par des étrangers, et donc la demande de main d’oeuvre étrangère. Si l'on considère que les flux migratoires sont déterminés avant tout par la demande des entreprises, ce qui est le cas du moins pour les travailleurs européens, le salaire minimum diminuerait la demande de travailleurs étrangers. Par exemple, l’enquête suisse sur la structure des salaires 2010 montre que 47% des emplois rémunérés en dessous de 3986 CHF (à peu de choses près le niveau du salaire minimum proposé) sont occupés par des étrangers, alors qu’ils ne représentent qu’un quart de la population active totale. La même source indique que le taux de personnes recevant des bas salaires (sous le seuil indiqué plus haut) est d’environ 19% chez les étrangers, alors qu’il n’est que de 9,4% chez les Suisses. Si l’on fait un calcul (trop) simple postulant que tous les emplois en dessous de 4000 francs disparaîtraient si l’on introduisait un salaire minimum, cela signifierait que 172’700 personnes de nationalité étrangère perdraient leur emploi, et qu’une part non négligeable d’entre elles quitteraient la Suisse, notamment car elles ne satisferaient pas aux critères d’eligibilité de l’assurance chômage. Bien entendu, une perte d'emplois aussi mécanique est peu vraisemblable, mais il y a fort à parier que si le salaire minimum a en effet un impact sur l'emploi, cet impact serait plus fort sur l'immigration que sur le chômage. Ceci est dû au fait qu’une part non négligeable d’étrangers ne seraient tout simplement pas en Suisse si l’on ne pouvait pas les employer à des salaires bas. Si l’on réduit la marge de manoeuvre des employeurs en termes salariaux avec un salaire minimum, l’attractivité des travailleurs étrangers peu qualifiés diminue.

 

La croissance de l’emploi en Suisse au cours des dernières années a “carburé” en grande partie à l’immigration, si bien que beaucoup d’emplois n'existeraient tout simplement pas s’ils n'étaient pas occupés par des étrangers. Avec un taux de chômage de 3% et un taux d’emploi parmi les plus élevés en Europe, il n’y a tout simplement pas vraiment de marge pour créer plus d’emplois en Suisse sans immigration. Les immigrants sur le marché du travail suisse occupent des positions fortement complémentaires à celles des Suisses aux deux extrêmes du marché du travail, au sommet pour les travailleurs très qualifiés (Allemands par exemple) ou en bas pour les travailleurs peu qualifiés (Portugais par exemple). Dans la mesure où ce groupe national est fortement representé dans les secteurs à bas salaires qui seraient affectés par le salaire minimum, comme l’hôtellerie-restauration, on peut s’attendre a un effet non négligeable sur l’immigration venant de ce pays.