27/04/2014

Un salaire minimum élevé signifie-t-il plus de chômage?

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Les opposants au salaire minimum (comme mes voisins de blog Madame Amstein ou Monsieur Montabert) affirment que le salaire minimum proposé par l'USS est trop élevé et créerait plus de chômage. S'ils ne s'opposent pas au principe d'un salaire minimum, ils affirment que le fixer à un niveau si élevé (environ 66% du salaire médian) aura des conséquences catastrophiques pour l'emploi, en se basant principalement sur l'exemple de la France (épouvantail universel), où le SMIC est fixé à un seuil particulièrement haut. La campagne "SMIC NON" affirme qu'un salaire minimum supérieur à 50% du salaire médian cause des distorsions et des pertes d'emploi. Bien entendu, Madame Amstein et Monsieur Montabert ne s'encombrent pas de données empiriques. Madame Amstein est payée pour représenter les entreprises qui l'emploient, pas pour produire des arguments objectifs, et il est assez facile de prendre un seul cas pour démontrer une théorie. En cela, elle n'obtiendrait certainement pas une très bonne note dans mon cours de politique comparée.

Pour tester cet argument, je suis allé chercher quelques données concernant les salaires minimaux en proportion du salaire médian dans les pays de l'OCDE qui en ont un (en 2012, source ici) et leur taux de chômage moyen (en 2013; source ici). Le graphique ci-dessous montre que la relation entre le niveau du salaire minimum et le taux de chômage est en fait très faible. Le taux de corrélation est de 0.04. Pour mémoire, un taux de corrélation de 1 correspond à une association forte entre deux facteurs, un taux de 0 à une association nulle. Ici, nous sommes très proches d'une corrélation nulle. La relation est faiblement positive dans le graphique, mais nous n'avons pas assez de cas pour affirmer que cette relation est réelle.

On notera également que des pays comme le Chili ou la Turquie ont des salaires minimaux plus élevés que la France en proportion du salaire médian, et pourtant ils ont un taux de chômage moins élevé. A l'inverse, l'Espagne et la Grèce ont des salaires minimaux bien plus bas que la France mais des taux de chômage 2.5 fois plus élevés. Bien sûr, il faudrait inclure un plus grand nombre d'années, et contrôler l'impact d'autres facteurs. Ici, je n'ai pas inclus les pays qui n'ont pas de salaire minimum, comme l'Allemagne (qui va en introduire un), l'Autriche, l'Italie ou les pays Scandinaves (qui ont des taux de chômage bas, mis à part l'Italie). On ne peut pas leur donner une valeur de 0 comme salaire minimum dans un tel graphique car il y a de fait des minimums fixés par une couverture des conventions collectives plus élevée qu'en Suisse, ainsi que par des taux d'imposition qui limitent également l'emploi de travailleurs en dessous d'un certain seuil.

En bref, ce que l'on peut conclure c'est que les théories avancées sur l'impact négatif direct du niveau du salaire minimum sur l'emploi ne sont pas vraiment observées empiriquement.

Commentaires

En conclusion de vos lignes, vous admettez que votre comparaison n'est pas forcément pertinente ! Mme Amstein, elle, est au contact de l'économie réelle et sait de quoi elle parle. Sachez que la réalité économique ne suit pas toujours les théories enseignées et développées par des intellectuels bardés de diplômes. Il est inquiétant que vous ne releviez pas que l'Autriche, les pays scandinaves, l'Allemagne .... et la Suisse ont des taux de chômage bas malgré le fait qu'ils n'aient pas de salaire minimum légal, mais qu'ils ont un fort dialogue employeurs/employés grâce aux conventions collectives.

Écrit par : Daetwyler | 28/04/2014

Monsieur (ou Madame),
Si vous aviez lu le troisième paragraphe de ce billet, vous auriez vu que je mentionne les pays sans salaire minimum et explique pourquoi ces pays ne sont pas inclus dans le graphique. De manière plus générale, ce billet se base précisément sur des *données* réelles et pas sur une *théorie*, contrairement aux propos de Madame Amstein. J'ai mis des liens vers les sources que j'ai utilisees, ce que je vois pas souvent dans cette campagne. Quant aux relations entre salaire minimum et partenariat social, je les discute dans un billet précèdent :
http://alexandreafonso.blog.24heures.ch/archive/2014/04/01/le-salaire-minimum-fragilise-t-il-le-partenariat-social-855611.html

Je pense que votre commentaire traduit assez bien la manière dont cette campagne est menée sur des arguments idéologiques, avec peu d’égards pour les faits.

Écrit par : Alexandre Afonso | 28/04/2014

Si l'idée de base d'un salaire minimum est sans doute séduisante, cela ne dispense pas de réfléchir à des problèmes concrets. J'aimerai bien qu'on m'explique comment des branches où la Suisse est déjà faiblement compétitive, voir non compétitive vont réussir à maintenir des emplois, voir ne pas disparaître.

Comme exemple particulièrement criant, il y a notamment l'hôtellerie et surtout l'agriculture. Concernant l'agriculture, je pars du principe que la grande distribution ne va pas diminuer ses marges (d'autant plus qu'elle sera elle-même confrontée au salaire minimum). J'aimerais donc qu'on m'explique comment l'agriculteur (qui a lui-même un salaire souvent proche voir inférieur au salaire minimum) va pouvoir augmenter les salaires de ses employés sans travailler à perte.

Voilà donc un problème réel, dont étonnamment les initiants évitent de parler. Sans doute parce qu'ils n'ont pas la solution.

Et si c'est pour importer encore plus de denrées alimentaires produites dans des conditions écologiques et sociales, mais moins chères, c'est un magnifique autogoal.

Écrit par : Frédéric Nicod | 29/04/2014

L'Espagne et la Grèce sont clairement des exceptions en raison de la crise macroéconomique qu'ils subissent; or, il ne fait absolument aucun doute en regardant le graphique qu'ils sont la raison de la faible corrélation, la méthode des moindres carrés étant sensible à la présence d'outliers. Si vous supprimiez ces deux là (ou mieux, contrôliez pour le "GDP gap"), la relation serait sans aucuns doute largement positive et de plus statistiquement signifiante; et si vous incluez l'Allemagne, l'Autriche, les pays scandinaves, et la Suisse - ne serait-ce que pour voir - cette relation serait sans aucuns doutes d'autant plus forte.

Vous avez donc raison, ces débats transpirent l'idéologie!

Écrit par : René.m | 29/04/2014

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