31/03/2014

La Suisse est-elle une démocratie-témoin?

 

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En Suisse, on présente souvent le système politique comme un exemple de démocratie. L’initiative et le référendum fournissent en effet au citoyen suisse des moyens d’influence que les citoyens d’autres pays ne possèdent pas. Mais quelle est la part de la population totale qui est représentée par le système politique? Lorsque les politiciens et les journalistes déclarent que “le peuple” a parlé, ils oublient souvent de prendre en compte le fait que la participation électorale en Suisse est en général assez faible, et que la part d’électeurs inscrits dans la population totale est fortement réduite en raison de la proportion très importante d’étrangers, dépourvus du droit de vote.

Par exemple, l’initiative “contre l’immigration de masse” du 9 février dernier a été acceptée par 1’463’964 personnes, c’es-à-dire 50,3% des 2’908’382 citoyens qui ont pris part au scrutin. La participation a été de 55.8%. Si l’on fait le calcul par rapport à l’entier du corps électoral, l’initiative a été acceptée par 28% du corps électoral inscrit. Si l’on met ceci en relation avec l’ensemble de la population vivant en suisse (8’039’100 personnes, c’est à dire les électeurs/électrices inscrits plus les jeunes de moins de 18 and et les étrangers ne possédant pas le droit de vote), alors la part des votants qui a soutenu l’initiative ne représente plus que 18.2% de la population résidente totale. Le nombre d’électeurs et d’électrices qui a soutenu l’initiative est bien entendu toujours plus élevé que le nombre d’électeurs qui l’on refusé - et ceci ne remet sans doute pas en cause sa légitimité démocratique (on ne sait d’ailleurs pas comment ceux qui n’ont pas voté l’auraient fait) - mais cet exemple illustre un point plus important quant au système politique suisse: la plupart des décisions démocratiques qui s’appliquent à l’ensemble de la population sont en fait prises par une minorité de la population. 

Ceci est dû à deux facteurs principaux. Premièrement, la participation électorale en Suisse est l’une des plus basses de tous les pays industrialisés. De fait, en 2011, les deux seuls pays qui avaient des taux de participation plus bas étaient les Etats-Unis et la Corée du Sud. Alors que le taux de participation aux élections fédérale de 2011 était de 48% en Suisse, il avait été de 91% en Belgique (où le vote est obligatoire), mais aussi de 87% au Danemark, où il ne l’est pas. Ceci peut s’expliquer en partie par le fait que l’on vote beaucoup plus souvent en Suisse qu’ailleurs, et qu’il y a certainement un phénomène de lassitude. Néanmoins, on sait que ceux qui vont voter sont en général plus éduqués et plus riches que ceux qui ne votent pas. Donc, une participation électorale basse donne en général un avantage aux groupes sociaux les mieux lotis dans le processus démocratique.

Deuxièmement, la Suisse compte un proportion d’étrangers plus importante que la plupart des autres pays européens, si bien que les 1’870’000 étrangers vivant en Suisse ne participent pas aux élections et votations populaires même s’ils en subissent directement les conséquences. De fait, seulement 65% de la population résidante a le droit de vote, le reste étant constitué de jeunes de moins de 18 ans, mais surtout d’étrangers. Par exemple, le parlement fédéral actuel n’a bénéficié du soutien que de 31% de la population totale, c’est à dire la part des votants par rapport à la population totale.

On peut toutefois considérer que la représentation de la population dans les organes politiques s’est considérablement améliorée depuis le début du 20ème siècle. Dans le graphique ci-dessus, j’ai tâché de représenter la part des électeurs inscrits et des votants effectifs aux élections fédérales dans la population totale depuis 1919 avec les données de l’office fédéral de la statistique (ici et ici). On observe des choses assez surprenantes. En 1919, le corps électoral ne représentait de fait que 24% de la population totale : les étrangers, mais aussi les femmes en étaient exclus, et seulement 15% de la population totale a pris part aux élections fédérales de 1939. En 1956, l’auteur français André Siegfried publia un livre intitulé «La Suisse, Démocratie Témoin ». Or l’années précédente, seulement 20% de la population totale vivant en Suisse avait pris part aux élections fédérales, et les femmes en étaient encore exclues. La part du corps électoral dans la population totale a pris l’ascenseur après l’introduction du suffrage féminin en 1971, mais le pourcentage de votants effectifs dans la population totale est resté aux alentours de 30% depuis lors, notamment en raison du déclin continuel de la participation électorale. 

Commentaires

@Monsieur Afonso ,Démocratie et dictature sont comme amour et haine,mariage concubin
Sur le Littoral Neuchatelois ce matin la démocratie a pris un coup dans l'aile et les plus fidèles electeurs depuis plusieurs générations seront parmi les preniers a applaudir votre texte pour autant qu'ils aient internet beaucoup ne désirant pas perdre le contrôle de leur vie.
Un seul parti est capable de leur faire perdre l'envie même d'exister,il n'y en a qu'un seul en Suisse et même ne serait-ce que d'articuler les deux premières lettres fera vomir nombre de personnes toutes générations confondues
Celles-là mêmes que ses membres vont courtiser avant chaque élection de peur qu'elles votent pour un autre parti plus réaliste qui ne conduit pas le peuple sur le chemin des illusions qui elles ne sont que sources de plaisir et non de bonheur durable
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 31/03/2014

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